« Ça va aller" : la phrase qui isole encore plus
Elle est dite avec bienveillance, parfois avec une gêne réelle face à une souffrance qu’on ne sait pas accueillir. Et pourtant, pour quelqu’un qui souffre profondément, « ça va aller" ferme la porte au moment où on espérait qu’elle s’ouvre.
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Quand le réconfort ne rejoint pas
« Ça va aller." On dit ça quand on ne sait pas quoi dire d’autre. Quand la souffrance de l’autre nous dépasse, nous met mal à l’aise, nous confronte à notre propre impuissance. C’est une tentative de réconfort — et c’est souvent tout ce qu’on a à donner dans ce moment-là.
Mais pour la personne qui reçoit cette phrase — qui a peut-être attendu longtemps avant de parler, qui a choisi avec soin à qui le dire, qui a pris le risque de montrer quelque chose de fragile — « ça va aller" dit autre chose. Elle dit : je ne veux pas rester dans ce que tu vis. Passons à autre chose. Le sujet est clos.
Ce n’est pas ce que la personne voulait dire. Mais le résultat est le même : la personne qui souffrait se retrouve plus seule qu’avant d’avoir parlé. Et la prochaine fois, elle hésitera davantage à le faire.
Ce que quelqu’un qui souffre entend vraiment
- « Ta souffrance est temporaire — donc elle n’a pas besoin d’être vraiment écoutée maintenant"
- « Je préfère l’avenir où tu vas mieux à le présent où tu souffres"
- « Ta souffrance d’aujourd’hui n’est pas un sujet sur lequel je peux rester"
- « Il vaut mieux regarder vers l’avenir que rester là où tu en es"
- « J’espère que ça s’arrête vite — pour toi mais aussi pour moi"
D’autres formules qui ont le même effet
« Ça va aller" n’est pas seul. Il existe toute une famille de phrases bienveillantes qui, en cherchant à aider, manquent la personne.
Elle demande à la personne d’arrêter de ressentir ce qu’elle ressent. Comme si l’inquiétude était un choix qu’elle pourrait faire disparaître sur demande. Elle n’invalide pas la souffrance — elle invalide la réponse émotionnelle à cette souffrance.
La comparaison cherche à relativiser. Son effet est d’ajouter de la honte à la souffrance existante. La personne ne souffre pas moins parce que d’autres souffrent davantage. Et elle entend : tu n’as pas le droit de souffrir autant.
Ce qui paraît être un compliment est souvent vécu comme une injonction. Être fort signifie : ne pas avoir besoin d’aide, ne pas craquer, gérer seul. La personne entend qu’elle ne peut pas être vulnérable sans déçevoir l’image qu’on a d’elle.
Comme si la souffrance était une question d’attention mal placée. Elle dit que le problème n’est pas la souffrance elle-même — c’est le fait d’y penser. Et que la solution est de détourner le regard plutôt que de traverser.
Elle suppose que la personne choisit de voir les choses négativement. Que c’est une question de perspective corrigible. La personne entend : tu te fais du mal inutilement. Et la honte d’avoir une vision sombre s’ajoute à la souffrance.
Elle dit : rien ne peut être fait maintenant. La souffrance présente doit juste être supportée. Elle nie l’utilité d’un accompagnement ou d’un travail sur soi. Et elle laisse la personne seule avec quelque chose qui pourrait être traité.
Même si c’est vrai, la normalisation efface la singularité de ce que la personne vit. Elle entend : ta souffrance n’est pas spéciale, donc elle ne mérite pas d’attention particulière. La solitude à l’intérieur de l’universel est encore plus froide.
Le conseil prématuré — donné avant que la personne ait été vraiment entendue — dit qu’il y a une solution simple. Et que si la personne souffre encore, c’est qu’elle ne fait pas l’effort de l’appliquer.
Pourquoi ces phrases ne rejoignent pas
Ces phrases échouent pour des raisons précises. Comprendre ces raisons aide à mieux saisir ce dont quelqu’un qui souffre a vraiment besoin — et pourquoi l’accompagnement professionnel fait une différence que l’entourage ne peut pas toujours faire.
Elles proposent une sortie avant d’être entrées
Ce qui aide, ce n’est pas d’abord la solution — c’est d’être rejoint là où on est. Toutes ces phrases proposent un ailleurs avant d’avoir vraiment été présentes dans le ici. Et le « ailleurs" proposé amplifie le sentiment d’abandon dans le présent.
Elles parlent de l’avenir quand la personne est dans le présent
« Ça va aller" parle du futur. La personne qui souffre est dans le maintenant. Ce décalage temporel crée une distance : l’autre est déjà de l’autre côté d’un pont que la personne ne voit pas encore comment traverser.
Elles demandent à la personne de se taire
Pas explicitement. Mais l’effet est là : le sujet se ferme. La personne comprend qu’il n’y a pas d’espace pour continuer à exprimer ce qu’elle vit. Elle range. Et la prochaine fois, elle le garde pour elle dès le départ.
Trouver un espace qui reste
Ce dont quelqu’un qui souffre a besoin en premier — avant les solutions, avant les conseils, avant les perspectives positives — c’est d’être entendu là où il en est. Pas pour s’y installer indéfiniment. Pour ne pas être seul avec ce qu’il vit.
L’entourage ne peut pas toujours donner cela. Non par manque de bienveillance — parce que la proximité affective rend difficile de rester présent dans la souffrance de l’autre sans chercher à la faire cesser. C’est précisément ce que permet un espace professionnel : rester dans ce qui est là, sans avoir besoin que ça s’arrête vite.
L’hypnose éricksonienne ne dit pas « ça va aller". Elle travaille avec ce qui est là — précisément, concrètement, sans promettre une issue qu’on ne peut pas garantir d’avance. Ce travail-là prend du temps, des séances, de la confiance. Et il produit des changements réels — pas parce qu’on a dit à la personne que tout allait bien se passer, mais parce qu’on a travaillé sur ce qui empêchait que ça aille bien.
Si les personnes autour de vous disent « ça va aller" et que vous ne le sentez pas — ce n’est pas que vous avez tort. C’est que vous avez besoin d’un espace différent.
- Trouver un espace où ce qu’on vit peut être dit sans être immédiatement déplacé
- Travailler sur ce qui est là — pas sur ce que l’avenir pourrait être
- Réduire l’isolement qui suit les tentatives d’expression mal accueillies
- Comprendre le mécanisme de ce qu’on vit — ce qui aide déjà à ne plus en avoir honte
- Ne pas avoir à se justifier ou à convaincre avant d’obtenir de l’aide
- Construire quelque chose de concret — pas attendre que le temps passe
Ce que disent les personnes accompagnées
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Un accompagnement à Baillargues, avec possibilité de visio
Le cabinet est situé au 7 rue de la Dentellière à Baillargues. Les consultations se font au cabinet ou en visioconférence. La première séance dure de 1 h à 1 h 15, les suivantes environ 1 h. Un échange téléphonique de 15 minutes est possible avant la première séance.
