Ce que l’hôpital m’a appris sur le traumatisme
Le traumatisme en milieu hospitalier psychiatrique ne ressemble pas à sa définition dans les manuels. Ce que des années de soin quotidien m’ont appris — sur ce qu’il est, sur ce qu’il fait aux gens, sur ce qui aide vraiment.
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Le trauma n’est pas dans l’événement — il est dans ce que le système nerveux en a fait
La confusion la plus fréquente que j’ai observée — chez les patients, mais aussi parfois chez des soignants — est de confondre le trauma avec l’événement qui l’a produit. « Il n’a pas été victime d’un attentat, il n’a pas été en guerre, ce n’est pas vraiment un trauma." J’ai entendu des formulations comme celle-là — et j’ai vu ce qu’elles font aux gens qui souffrent et qui entendent que leur souffrance n’est pas légitime.
Le trauma n’est pas dans l’événement. Il est dans ce que le système nerveux a vécu — une expérience trop intense, trop soudaine, ou trop répétée pour être intégrée normalement. Ce qui décide si quelque chose est traumatique, c’est la capacité de la personne à ce moment-là — ses ressources, son âge, l’absence ou la présence d’un soutien — pas la nature objective de l’événement.
Le trauma vit dans le corps bien après que l’esprit a oublié
Ce qui m’a le plus marquée à l’hôpital, c’est de voir des patients dont le corps répondait à des déclencheurs que la mémoire consciente n’identifiait plus. Une odeur, une posture, un ton de voix — et quelque chose dans le corps se contractait, s’effondrait, ou se mettait en mode survie, sans que la personne sache toujours pourquoi.
Le trauma n’est pas archivé dans la mémoire narrative — la mémoire des faits et des dates. Il est stocké dans la mémoire implicite, la mémoire du corps, la mémoire sensorielle. C’est pourquoi en parler ne suffit pas toujours à le traiter — et pourquoi des approches qui passent par le corps et les sens peuvent atteindre ce que la conversation seule ne touche pas.
Le silence autour du trauma est souvent plus lourd que le trauma lui-même
J’ai accompagné beaucoup de personnes qui portaient quelque chose depuis des années — parfois des décennies — sans l’avoir jamais dit à personne. Pas parce qu’elles n’en voulaient pas parler. Parce qu’elles n’avaient pas trouvé l’espace, ou parce qu’elles anticipaient de ne pas être crues, ou parce que les mots n’étaient pas là.
Ce silence a un coût. Il maintient l’expérience isolée — non partagée, non inscrite dans une narration qui donne du sens, non reconnue par quelqu’un d’autre. La première fois qu’une personne dit ce qu’elle a vécu à quelqu’un qui l’écoute vraiment, quelque chose se dénoue souvent — pas encore guéri, mais déjà moins seul avec ça.
Le trauma change la relation au présent — pas seulement la mémoire du passé
On pense souvent au trauma comme quelque chose qui concerne le passé. Ce que j’ai appris à l’hôpital, c’est que le trauma vit dans le présent. Il change la façon dont on entre dans les relations — avec la méfiance ou la dépendance comme mode de base. Il change la façon dont on perçoit les intentions des autres. Il change la capacité à être dans l’instant sans être aspiré vers ce qui a été ou vers ce qui pourrait arriver.
J’ai vu des personnes qui avaient du mal à être simplement présentes — dans une conversation, dans un repas, dans un moment de calme — parce que quelque chose en elles restait en mode surveillance. Pas par choix. Par nécessité apprise.
Revivre n’est pas guérir — et parfois aggrave
L’idée que parler d’un trauma en détail aide à le traiter est parfois vraie — et parfois exactement le contraire. J’ai vu à l’hôpital des patients à qui on demandait de raconter encore et encore ce qu’ils avaient vécu, dans des groupes de parole ou des entretiens successifs, et qui en sortaient plus activés, pas plus soulagés. Raconter le trauma sans les conditions nécessaires — sécurité, ressources, rythme adapté — peut retraumatiser.
C’est une des leçons les plus importantes que j’ai intégrées : le trauma ne se traite pas par l’exposition brute. Il se traite en créant les conditions dans lesquelles le système nerveux peut intégrer ce qu’il n’a pas pu intégrer la première fois — avec des ressources suffisantes pour ne pas être submergé à nouveau.
La résilience n’est pas l’absence de souffrance
Le mot résilience est épuisé d’être mal utilisé. J’ai entendu des patients à qui on disait qu’ils étaient « résilients" parce qu’ils fonctionnaient encore — alors qu’ils fonctionnaient en dépit d’une souffrance que personne ne voyait. La résilience comme performance — « regardez comme je m’en sors" — peut être la chose la plus isolée qui soit.
Ce que j’ai appris : la résilience réelle ne consiste pas à ne pas souffrir, à rebondir vite, à « s’en sortir". Elle consiste à traverser ce qui s’est passé sans que ça finisse par définir entièrement qui on est. Ce n’est pas la même chose — et le chemin pour y arriver passe souvent par ce qu’on a évité de regarder depuis longtemps.
Ce que ce parcours change dans le travail avec le trauma
Ces années en psychiatrie m’ont donné une lecture du trauma qui n’est pas seulement théorique. J’ai vu ce qu’il fait aux gens sur la durée — et j’ai appris à le repérer là où il ne se nomme pas, dans les comportements, dans les relations, dans la façon d’occuper l’espace ou de se retirer.
L’hypnose éricksonienne est particulièrement adaptée au travail sur la mémoire traumatique parce qu’elle n’exige pas de raconter encore — elle travaille avec le système nerveux, pas contre lui. Elle permet d’accéder aux contenus difficiles dans un état de sécurité suffisante pour que l’intégration soit possible. Pour en savoir plus sur ce parcours : pourquoi une infirmière psychiatrique devient hypnothérapeute.
Un avertissement important : si vous êtes en situation de détresse aigüe ou de crise liée à un traumatisme récent, les ressources d’urgence restent la première étape. Le 3114 est disponible 24h/24 pour les situations de détresse psychologique.
- Le trauma n’est pas dans l’événement — il est dans ce que le système nerveux en a fait
- Ne jamais forcer l’accès au contenu difficile — construire d’abord les ressources et la sécurité
- Lire ce que le corps se souvient — pas seulement ce que les mots racontent
- Créer l’espace pour que quelque chose soit dit — souvent la première fois
- Travailler à ce que la personne puisse être dans le présent sans être en mode surveillance
- Ne pas valoriser la performance de « s’en sortir" — donner l’autorisation de ne pas aller bien avant d’aller mieux
Ce que disent les personnes accompagnées
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Un accompagnement à Baillargues, avec possibilité de visio
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